LA FOULE (0-INFINI) 

Chapitre 2 (controle-Chaos) 

du 1 0 octobre au 30 novembre 2008 

Espace d'Art Contemporain La Tôlerie, Clermont-Ferrand 

Vernissage le jeudi 9 octobre 2008 à 18h 

Artistes : Boris Achour (France), Anna Adahl (Suede), Eric Baudelaire (France), 
Christian Boltanski (France), Tania Bruguera (Cuba), Claude Callot (France), 
Maurizio Cattelan (ltalie), Raychel Carrion Jaime (Cuba), Martin Creed (GB), Annika 
Eriksson (Suede), Leon Ferrari (Argentine), Michel François (Belgique), Felix 
Gonzalez-Torres (Cuba, USA), Douglas Huebler (USA), Jii Kovanda (Rep. tcheque), 
Kristof Kintera (Rep. tcheque), Maider Lopez (Espagne), Nicolas Moulin (France), 
Roman Ondak (Slovaquie), Claude Rutault (France), Allan Sekula (USA), Laure 
Tixier (France), Justine Triet (France), Marie Voignier (France), William Wegman 
(USA) 

Dans la lignée de la pensée du sociologue Elias Canetti, le motif de la foule se fait l'echo de la notion ontologiquement politique de communauté, mais concerne tout aussi bien une histoire des formes. 
La foule naît de la formation paradoxale d'une "individualite collective", un regroupement physique de sujets partageant momentanément un objectif commun. Un regroupement pouvant atteindre I' "innombrable", qui fascine autant qu'il effraie par sa monstruosité, sa puissance mais aussi sa volatilité. D'un point de vue formel, le motif de la foule, unité formée par une somme d'éléments caractéristiques, évoque les fractals et la tradition ornementale du grotesque, organisation visuelle semblant donner un ordre à une réalité multichangeante. Mais cette investigation sur la foule, la masse, ne peut pas se faire sans considerer d'abord la question de l'absence et du néant, de l'individu isolé apparaissant au monde, puis de son rapport á l'altérité et au groupe, premiére étape vers la constitution d'une communauté. 

Le premier chapitre de La Foule (0-infini), sous-titré Unité - dualité - la meute - la masse, abordait ce sujet de manière abstraite, voire paradoxale, à travers une sélection d'oeuvres plus sensitives et allusives qu'illustratives. Du monochrome comme effacement du sujet jusqu'à la multitude faussement contrôlée de l'amoncellement, en passant par des structures organiques ou sociales qui, telles des "cristaux de masse", developpent des embryons de comportement unitaire. 

Ce second chapitre, sous-titré Contrôle - chaos, vient littéralement envahir le premier, puisque les oeuvres ne remplacent pas mais augmentent le précédent accrochage en le densifiant, le parasitant, le contaminant. II s'agit cette fois d'interroger le caractère incontrôlable de la foule et différentes strategies pour s'y confronter, dans des perspectives statistique, esthétique, ludique, violente ou tragique. Car le chaos né de la multitude est plus qu'une représentation du monde, ii est une condition même de la vie. Comme l'explique le physicien Erwin Shrödinger, 

l'incommensurable quantité d'atomes de la matière se justifie par la nécessité de diriger statistiquement le comportement d'une assemblée naturellement agitée et chaotique, afin de générer des phénomènes effectifs. Des débordements incontrôlables de la masse à l'oppression et au cotrôle des individus, du vertige visuel de l'innombrable aux jeux formels de la multitude, de l'impossibilité de 
l'organiser à la volonté de s'y perdre, l'exposition explore ainsi diverses problématiques du rapport de l'individu à la masse. Ce faisant, elle aborde indirectement l'idée du sublime, que Kant désignait comme ce qui apparaît disproportionné, ce qu'on ne peut embrasser ni du regard ni de l'entendement et qui reste done informe, sauvage et terrifiant. Démarrant avec une représentation du néant et de l'infini monochrome, elle se clôt avec l'image émouvante d'une infinité des absences. 

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